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Parole de l'internationale

 Les paroles de l'internationale

Debout les damnés de la Terre
Debout les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère
C'est l'éruption de la fin.
Du passé, faisons table rase.
Foule esclave, debout, debout !
Le monde va changer de base.
Nous ne sommes rien, soyons tout !

REFRAIN : C'est la lutte finale
Groupons-nous, et demain
l'Internationale
Sera le genre humain.

Il n'est pas de sauveur suprême :
Ni Dieu, ni César, ni tribun.
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge.
Pour tirer l'esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge.
Battons le fer quand il est chaud.

Refrain

L'Etat comprime et la loi triche
L'impôt saigne le malheureux.
Nul devoir ne s'impose aux riches,
Le droit des pauvres est un mot creux.
C'est assez languir en tutelle,
L'Egalité veut d'autres lois :
"Pas de droits sans devoirs", dit-elle.
Egaux, pas de devoirs sans droits.

Refrain

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail.
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu'il a créé s'est fondu
En décretant qu'on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Les rois nous saoûlaient de fumées
Paix entre nous, guerre aux tyrans
Appliquons la grève aux armées
Crosse en l'air, et rompons les rangs
S'ils s'obstinent, ces cannibales
A faire de nous des héros
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des Travailleurs
La terre n'appartient qu'aux hommes
L'oisif ira loger ailleurs
Combien de nos chairs se repaissent
Mais si les corbeaux, les vautours
Un de ces matins, disparaissent
Le soleil brillera toujours.

Comme la lutte est belle quand elle est finale ! Si l'on se groupe, demain, L'Internationale sera le genre humain.

Par Jean-Pol Baras, Secrétaire général du PS


Dans le coron de mon enfance, il y avait un vieux militant socialiste qui me prenait à ses côtés chaque fois que nous l'entonnions avec émotion et qui, faisant preuve d'une fidélité systématique à ce juste élan, Groupons-nous et demain, me susurrait à l'oreille : Dis, c'est quand demain ?.... Par-delà l'angoisse de l'interrogation, toute l'histoire de la gauche transparaît. Gramsci l'avait condensé en une formule vigoureuse : Le pessimisme de la conscience, l'optimisme de la volonté, ce que Francis Scott Fitzgerald avait traduit en littérature par : Il faut savoir que les choses sont sans espoir et tout faire cependant pour vouloir les changer.

L'Internationale n'est pas qu'empreinte de solennité dans sa période de naissance. Pour ce qui concerne les paroles, toute la mythologie du combat populaire est présente. Eugène Pottier participe à toutes les révoltes prolétariennes du XIXe siècle jusqu'à ce que, pendant la Commune de Paris, il écrive les strophes de notre chant dans la clandestinité, après la semaine sanglante des 22 et 28 mai 1871. Il dut quitter la France et suivit le même chemin que Victor Hugo en exil : la Belgique, puis Jersey et Guernesey, avant de gagner les Etats-Unis. Il devra attendre une loi d'amnistie pour retourner dans son pays en 1881. Il achèvera sa vie à Paris en posant nu pour les élèves des Beaux-Arts en échange d'un salaire de misère. C'est après la mort d'Eugène Pottier, en 1887, qu'un Lillois né à Gand, Pierre De Geyter, tourneur sur bois qui se piquait de compositions musicales, eut envie de garnir de notes le poème de Pottier. L'Internationale fut jouée pour la première fois un dimanche, sur un paisible harmonium d'église, pour la fête du Syndicat des marchands de journaux de Lille. Mais ce n'est qu'en 1896, au XIVe Congrès du Parti Ouvrier Français - onze ans après la création du Parti Ouvrier Belge - que les travailleurs l'adopteront comme chant de ralliement.

On n'en était encore qu'aux prémices du sordide. En 1901 en effet, coup de théâtre : Adolphe De Geyter, le frère de Pierre, déclara que c'était lui le véritable auteur de la musique de L'Internationale. Des querelles judiciaires entre les deux frères commencèrent. L'affaire fut instruite pendant de longues années. Le tribunal trancha en faveur d'Adolphe tandis que Pierre prétendit que son frère bénéficiait de protections politiques. Par bonheur, la morale fut sauve : en 1915, en plein conflit mondial, poursuivi par le remords, Adolphe de Geyter se pendit après avoir confessé son mensonge et reconnu dans une lettre à ses amis que son frère était bien le seul auteur de la musique de L'Internationale. Pierre put alors faire casser le jugement. Lorsqu'il mourut, en 1932, on lui réserva des funérailles grandioses. A Moscou, une rue porte encore aujourd'hui son nom. Le genre humain est sauf. Il n'empêche : durant toute sa vie, Marguerite Eckert, née en 1903, petite-fille d'Eugène Pottier, a réclamé des droits d'auteur. Jamais elle n'en reçut le moindre centime, l'hymne des prolétaires étant tombé dans le domaine public presque de manière naturelle.

La raison tonne en son cratère et voici déjà l'éruption de la fin. Que cet examen lucide de la petite histoire ne nous empêche cependant pas de continuer à vibrer, le poing levé : nous avons encore tant de damnés de la Terre à faire vivre debout !

 
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